Manuscrits du lieutenant de police Lenoir (1732-1785)
Jean-Charles-Pierre Lenoir est né à Paris en 1732. Issu d’une famille de magistrats et de financiers, il est destiné à une carrière judiciaire : conseiller au Châtelet, puis successivement lieutenant particulier, lieutenant criminel, maître des requêtes, lieutenant de police, bibliothécaire du roi et président de la commission des finances. Il est notamment chargé par Louis XV de juger La Charolais et l’affaire du parlement de Bretagne.
Le lieutenant de police a en charge une administration aux fonctions très étendues : hôpitaux, prisons, aliénés, salubrité, santé publique, éducation, police des métiers, censure, aménagements urbains… On doit à Lenoir la création d’une école de boulangerie, l’institution du mont-de-piété, l’éclairage continu des rues de Paris…
Rapidement devenu symbole du despotisme ministériel et calomnié, il démissionne en 1790 et se retire en Suisse puis à Vienne avant de revenir à Paris en 1802. Il meurt en 1807.
C’est en Suisse qu’il commence la rédaction de ses mémoires, afin de se justifier ; ils restèrent inachevés, à l’état de brouillon, dans les manuscrits 1421 et 1422 (anciennes cotes 1399 et 1400) de la Bibliothèque municipale d’Orléans, qui rassemblent l’essentiel des notes destinées aux « mémoires », sous la forme d’un traité sur la police en 14 titres, dont seuls les 5 premiers ont une forme définitive. Chacun des titres fait état de la situation sous l’Ancien Régime, et sous Napoléon. Par contraste entre les deux périodes, Lenoir fait certes une apologie partiale de la police de l’Ancien Régime, mais révèle aussi un homme des Lumières, pragmatique, qui souhaite réformer l’Etat en douceur.
Les mémoires étaient couramment rédigés dans l’administration : ceux de Lenoir, s’ils rassemblent le savoir utile à l’administration policière - utilisant comme principale source le mémoire manuscrit sur la police de Paris du commissaire Lemaire en 1770 (manuscrit 1424 (ancienne cote 1402) -, sont aussi empreints de la subjectivité de l’autobiographie.
Le manuscrit 1423 (ancienne cote 1401) est un recueil de mélanges et de pièces diverses, pour la plupart des brouillons des 14 titres.
La différence des écritures à l’intérieur même des 3 manuscrits révèle la main de différents secrétaires à qui Lenoir dictait sont texte.
Les manuscrits sont entrés dans les collections de la bibliothèque par un don en 1915.

Bibliographie :
C. Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, Paris, t. 24, 1843-1865, p. 131-133.
V. Milliot, « Jean-Charles-Pierre Lenoir (1732-107), lieutenant général de police de Paris (1774-1785) : ses « Mémoires » et une idée de la police des Lumières, dans Mélanges de l’Ecole Française de Rome, t. 115, 2003, p. 777-806.
Comte M. de Sars, Le Noir, lieutenant général de police, 1732-1807, Paris, 1948.